Un audacieux polar politique israƩlien
- Pierrette Beaudoin
- 12 avr. 2020
- 10 min de lecture
DerniĆØre mise Ć jour : 12 janv. 2021
Lecture de Shlomo Sand, La mort du Khazar rouge, Paris, Ćditions du Seuil, 2019

Lāautomne dernier, alors que je prĆ©parais un voyage en IsraĆ«l-Palestine, jāai dĆ©nichĆ© ce livre, La mort du Khazar rouge, un polar Ć©crit par le rĆ©putĆ© historien israĆ©lien Shlomo Sand. Ć ma connaissance, cāest la premiĆØre fois que le professeur de lāuniversitĆ© de Tel-Aviv utilise le genre romanesque pour faire connaĆ®tre le fond de sa pensĆ©e sur la sociĆ©tĆ© israĆ©lienne.
Lāaudacieuse entreprise de Shlomo Sand māa poussĆ©e Ć plus de hardiesse encore ! Cet article cherche Ć Ć©tablir un lien entre ce roman noir, son auteur, le post-sionisme et le courant des Ā« nouveaux historiens Ā» israĆ©liens. Rien de moins.
Bonne lecture !
LāenquĆŖteur de police, Ćmile Morkus
Tel-Aviv 1987. Le professeur Yitzhak Litvak du dĆ©partement dāhistoire de lāuniversitĆ© de Tel-Aviv est brutalement assassinĆ© dans son appartement, boulevard Ben-Gourion au nord de Tel-Aviv. Il avait 62 ans.
Qui aurait pu en vouloir de la sorte Ć ce brillant intellectuel, originaire dāUkraine, polyglotte et spĆ©cialiste renommĆ© du Moyen-Orient, voilĆ ce que se demande le commissaire Ćmile Morkus chargĆ© de lāenquĆŖte ? Ce Ā« petit Ā» dĆ©tective arabe, un Ā« Arabe qui a rĆ©ussi Ā», comme certains le qualifient non sans un humour mordant, saura bien le dĆ©couvrir !
Pas trĆØs sympathique, plutĆ“t renfermĆ©, parfois mĆ©prisant Ć lāĆ©gard de ses collĆØgues, par ailleurs homme de gauche, anticlĆ©rical, favorable Ć lāOLP et Ć lāĆ©tablissement dāun Ćtat palestinien, et amoureux fou de Bartok, le professeur avait aussi jadis Ć©tĆ© membre de lāorganisation paramilitaire Haganah et officier permanent du renseignement au sein de Tsahal, lāarmĆ©e de dĆ©fense dāIsraĆ«l.
De cet amas de donnĆ©es sur ce personnage mystĆ©rieux et complexe avec lequel jongle Morkus, il ne parvient Ć dĆ©gager aucune piste solide pouvant Ć©clairer le mobile du meurtre, sauf, peut-ĆŖtre, une publication du professeur Litvak, LāEmpire khazar du VIIIe au XIIIe siĆØcle, livre qui, bien quāayant connu du succĆØs, avait Ć©branlĆ© les colonnes du temple nationaliste sioniste. Le professeur sāĆ©tait alors fait de nombreux ennemis politiques.
Or, songe le commissaire, est-ce quāun mobile de nature idĆ©ologico-politique, aussi important soit-il, suffit Ć justifier un crime ? Il en est lĆ dans ses rĆ©flexions, quand, trois jours aprĆØs le meurtre dāYitzhak Litvak, cāest Abraham Litvak, son frĆØre jumeau schizophrĆØne qui est tuĆ© de maniĆØre tout aussi horrible. Et les deux enquĆŖtes de piĆ©tiner.
Cāest alors quāentre en scĆØne un personnage tout aussi Ć©nigmatique et compliquĆ© que le professeur Litvak. Il sāagit de Zvi Yaari. Ć lāintĆ©rieur du Shabak, le service de sĆ©curitĆ© intĆ©rieure israĆ©lien, Zvi Yaari est lāagent responsable des informateurs Ć lāuniversitĆ© de Tel-Aviv qui Ć©pient, entre autres, les membres dāun groupe politique gauchiste, le Flambeau. Yaari frĆ©quente lui-mĆŖme cette universitĆ©, non seulement aux fins de ses activitĆ©s professionnelles, mais aussi parce quāil apprĆ©cie vraiment les cours dāhistoire, notamment ceux du professeur polyglotte, spĆ©cialiste des communautĆ©s du royaume khazar converties au judaĆÆsme.
Nationaliste, pour qui le vĆ©ritable hĆ©ros nāest pas celui qui dĆ©boulonne les mythes fondateurs de lāĆtat dāIsraĆ«l, mais celui qui est prĆŖt Ć tout, mĆŖme Ć tuer, pour le protĆ©ger, Zvi Yaari, qui ne cache pas son mĆ©pris pour les Arabes, les gauchistes, les Ć©tudiants rĆ©volutionnaires, non plus que pour les Ā« collabos Ā» de tout acabit avec Ā« lāennemi palestinien Ā» et qui en outre parfois en proie Ć des accĆØs troublants de colĆØre, tombe dans la mire du commissaire Morkus.
Cependant, au cours de cette mĆŖme annĆ©e 1987, Avivit Schneller, chef de file dāun groupe dāĆ©tudiants gauchistes, le Flambeau, est retrouvĆ©e morte sur une plage au sud de Bat Yam, une ville du district de Tel-Aviv voisine de Jaffa. Le meurtre de la jeune femme est effroyable, dāune violence Ā« extrĆ©missime Ā». Pour des raisons qui ne sont pas claires Ć prime abord, mais qui le deviendront plus tard, lāincorruptible commissaire Morkus se voit Ć©cartĆ© de lāenquĆŖte. Une autre Ć©quipe prend la relĆØve.
Contrairement Ć lāinvestigation sur lāassassinat des frĆØres Litvak qui nāavance pas, la police israĆ©lienne aura vite fait dāĆ©pingler Ā« le coupable Ā» de ce troisiĆØme meurtre. Il sāappelle YaĆ«l Aboutboul, un jeune israĆ©lien de 30 ans, dāorigine tunisienne, une lointaine connaissance dāAvivit Schneller. Aboutboul habite Ć Ashkelon, une station balnĆ©aire au nord de la bande de Gaza, Ć quelque 50 kilomĆØtres au sud de Tel-Aviv.
Cāest ainsi quāaprĆØs une enquĆŖte policiĆØre bĆ¢clĆ©e, le jeune Mizrahi (juif originaire de lāAfrique du Nord ou de lāOrient) est emprisonnĆ©, battu et torturĆ©. Son procĆØs qui dĆ©bute peu aprĆØs sāavĆØre tout aussi pernicieux que lāenquĆŖte qui lāa prĆ©cĆ©dĆ©. En effet, cāest Ć la suite de faux tĆ©moignages, dont celui du mĆ©decin de la prison, de la disparition de dĆ©clarations fournissant un alibi en faveur de lāaccusĆ© et dāinterventions hargneuses des policiers, que YaĆ«l Aboutboul est jugĆ© coupable du meurtre dāAvivit Schneller.
AprĆØs que le verdict soit tombĆ©, quelquāun demande au commissaire Ćmile Morkus, qui a suivi le procĆØs Ć distance, pour quelle raison voulait-on Ć tout prix faire dāAboutboul le coupable. Textuellement, voici la rĆ©ponse de Morkus : Ā« Aboutboul apparaissait comme un accusĆ© idĆ©al : cāest un Oriental sans relation ni statut, et il nāy avait donc pas de danger que quelquāun vienne perturber le dĆ©roulement de lāenquĆŖte et se mobilise en sa faveur Ā».
Ć partir de ce moment-lĆ , le commissaire Morkus et lāinspecteur Shimon Ohayon (lui aussi un juif oriental), qui chaussera plus tard les grands souliers du patron, demeurent persuadĆ©s de lāinnocence du jeune israĆ©lien dāorigine maghrĆ©bine. Notons que pendant le procĆØs, lāhomme du Shabak, Zvi Yaari, est allĆ© prendre lāair Ć Paris pour quelques mois. Question de se faire oublier, pensez-vous ?
Tel-Aviv 2007. Le commissaire Ćmile Morkus, toujours dans les parages, mais dĆ©sormais retraitĆ© de la police, a Ć©tĆ© remplacĆ© par lāinspecteur Shimon Ohayon. Zvi Yaari, quant Ć lui, a pris du galon Ć lāintĆ©rieur du service de sĆ©curitĆ© intĆ©rieure israĆ©lien. Cāest alors que se produit Ć lāuniversitĆ© un quatriĆØme meurtre, celui du professeur YĆ©huda Guershoni empoisonnĆ© au polonium, qui va enfin permettre dāĆ©lucider les trois premiers. Il aura donc fallu attendre 20 ans, pour que la lumiĆØre jaillisse finalement sur les mobiles des crimes et des criminels.
Vendons la mĆØche. Divulgachons, pour employer un mot Ć la mode !
LāenquĆŖte minutieusement poursuivie par lāinspecteur Ohayon mĆØne finalement Ć lāinculpation et Ć lāemprisonnement de Zvi Yaari, lāhomme du Shabak, ainsi que de sa complice et amante, la professeure Rosh Rivline, Ć©pouse du vice-prĆ©sident de lāuniversitĆ© de Tel-Aviv. Les motifs des assassins se rĆ©vĆØlent multiples, sur un fond dāidĆ©ologie politique, dāhomosexualitĆ© refoulĆ©e ou mal assumĆ©e, de racisme, de machisme ainsi que de vengeance professionnelle et de jalousie amoureuse. Un cocktail tout Ć fait explosif !
Cāest donc le meurtre du professeur YĆ©houda Guershoni, un israĆ©lien dāorigine polonaise par sa mĆØre et yĆ©mĆ©nite par son pĆØre, qui a mis la police sur la piste des meurtres de Yitzhak Litvak, dāAbraham Litvak et dāAvivit Schneller.
Cheveux bouclĆ©s, les yeux bleus, de grande taille, athlĆ©tique, Ć©lĆ©gant, raffinĆ©, le professeur de cinĆ©ma fait tourner la tĆŖte des femmes et des hommes. Ouvertement gai, sans complexe, ce bellĆ¢tre poursuivait au moment de son assassinat des recherches semblables Ć celles de Litvak, qui porteraient plus particuliĆØrement sur la conversion au judaĆÆsme de communautĆ©s de lāEmpire Himyar, situĆ© dans la rĆ©gion actuelle du YĆ©men.
Tout ce dĆ©bat sur lāorigine plurielle des juifs, mettant Ć mal lāidĆ©ologie sioniste voulant que JĆ©rusalem soit la Ā« capitale Ć©ternelle du peuple juif Ā», rendait Zvi Yaari littĆ©ralement fou. Ces Ć©lucubrations dāintellectuels gauchistes, antisionistes, traĆ®tres Ć la patrie, des self-hating Jews, lāhomme du Shabak les connaissait par cÅur puisquāil avait Ć©tĆ© tour Ć tour lāamant des professeurs Litvak et Guershoni.
Bien que fortement impressionnĆ© par le brio de leurs discours et Ć©pris sexuellement des deux hommes, Zvi Yaari, le nationaliste sioniste radical, lāhomme de droite, aveuglĆ©ment vouĆ© au service de lāĆtat, finissait par voir rouge, entiĆØrement livrĆ© Ć des accĆØs de colĆØre pouvant aller jusquāĆ tuer.
Ć travers cette intrigue policiĆØre, ce roman soulĆØve la question du sort qui peut ĆŖtre rĆ©servĆ© aux intellectuels dissidents dans cette sociĆ©tĆ© dāIsraĆ«l aux multiples clivages.
LāenquĆŖteur-historien, Shlomo Sand
Ce roman coup de poing a Ć©tĆ© publiĆ© au printemps 2019, par lāauteur de plusieurs ouvrages historiques remettant en question les Ā«vĆ©ritĆ©sĀ» conformes Ć lāhistoriographie nationale. Parmi les livres de Shlomo Sand les plus connus du grand public, citons : Comment le peuple juif fut inventĆ©; Comment la terre dāIsraĆ«l fut inventĆ©e. De la terre sainte Ć la mĆØre patrie ainsi quāun vĆ©ritable brĆ»lot, Comment jāai cessĆ© dāĆŖtre juif.
Dans ce polar intense, lāintrĆ©pide historien israĆ©lien Shlomo Sand utilise pour la premiĆØre fois, sauf erreur de ma part, cette forme littĆ©raire pour partager avec le lecteur sa vision dāIsraĆ«l. DāĆ©tymologie grecque, le mot Ā« histoire Ā» signifie Ā« enquĆŖte Ā». Sous la plume de lāĆ©crivain, le roman noir devient ainsi un outil parallĆØle dāenquĆŖte, dāanalyse dāune sociĆ©tĆ©, de son histoire, de son idĆ©ologie nationale ou de ses institutions, jetant de ce fait un faisceau de lumiĆØre sur les nombreuses fractures qui divisent ce pays du Proche-Orient.
Premier exemple : les professeurs Litvak et Guershoni de la prestigieuse universitĆ© de Tel-Aviv remettent en question la politique de la mĆ©moire de la terre dāIsraĆ«l, dĆ©construisant ainsi le mythe que tous les juifs sont des descendants dāAbraham et du roi David. Tout Ć lāopposĆ© de lāidĆ©e dāun Ā« peuple-race Ā», leurs travaux dĆ©montrent lāexistence de diverses communautĆ©s juives qui seraient issues de conversions, en Europe orientale et au Moyen-Orient, sans doute au Maghreb Ć©galement. Ce qui remet en cause la notion largement rĆ©pandue dāune Ā« essence juive Ā» Ć©ternelle.
Pour sa part, lāultranationaliste agent du service de sĆ©curitĆ© intĆ©rieure israĆ©lien, Zvi Yaari, convaincu que le Ā« peuple juif Ā» jouit dāun droit absolu sur la terre dāIsraĆ«l, vomit la trahison des deux savants qui ont pourtant Ć©tĆ© ses amants, constituant ainsi : Ā« A pronounced case of split personality (un exemple flagrant de personnalitĆ© schizoĆÆde) Ā», pour emprunter le titre dāun article dāUri Avnery[1].
Un deuxiĆØme exemple : lāauteur se sert de deux des protagonistes principaux du roman, un Arabe israĆ©lien et un juif dāorigine tunisienne accusĆ© de meurtre et injustement condamnĆ©, pour illustrer les prĆ©jugĆ©s populaires ayant cours dans la sociĆ©tĆ© israĆ©lienne, notamment Ć lāĆ©gard des Arabes et des Mizrahis, les juifs orientaux. En IsraĆ«l, en effet, ce sont les AshkĆ©nazes, les juifs dāorigine europĆ©enne, particuliĆØrement dāEurope de lāEst, qui trĆ“nent au sommet de la pyramide Ć©conomique, politique, sociale et culturelle.
Un dernier exemple : Shlomo Sand accorde une large place aux Ā« gauchistes Ā», parmi lesquels Litvak, son adjointe Gallia Shapira, Guershoni, le groupe le Flambeau auquel appartient Avivit Schneller, afin de les opposer aux tenants de la loi et de lāordre Ć©tabli incarnĆ©s par lāagent du Shabak, mais aussi par certains intellectuels et historiens nationalistes sionistes des universitĆ©s israĆ©liennes dont la professeure Rosh Rivline. Enfin, par-delĆ ces divisions politiques, un rĆ“le de premier plan est Ć©galement rĆ©servĆ© aux forces policiĆØres et tout particuliĆØrement Ć la sĆ©curitĆ© de lāĆtat qui est dĆ©crite de faƧon incisive dans Le meurtre du Khazar rouge.
Des enquêteurs-historiens « subversifs », les « nouveaux historiens » israéliens ?
Au cours des années 1990, un esprit progressiste souffle sur la société israélienne. Des organisations à la défense des droits humains et en faveur de la paix avec les Palestiniens, particulièrement Gush Shalom (« Bloc de la paix ») fondé par le journaliste et homme politique Uri Avnery, voient le jour[2].
Des activistes politiques, des journalistes et des intellectuels sāattaquent aux questions les plus taboues de la sociĆ©tĆ©, parmi lesquelles, selon Ilan Pappe, le sionisme en tant que colonialisme, la Nakba (la catastrophe), la discrimination Ć lāĆ©gard des juifs mizrahis et la manipulation de la mĆ©moire de lāHolocauste[3]. Les plus grandes aspirations de la doctrine sioniste, entre autres, le peuplement des territoires occupĆ©s, le transfert des populations, un euphĆ©misme pour lāexpulsion des Arabes, lāisraĆ©lisation et la dĆ©palestinisation[4], sont exposĆ©es et vivement critiquĆ©es.
Cette frange progressiste et engagĆ©e de la sociĆ©tĆ© israĆ©lienne exige rien de moins des autoritĆ©s politiques que la rƩƩvaluation du rĆ©cit national et de toutes ses faussetĆ©s[5]. Cāest dans cette foulĆ©e que le mouvement des intellectuels et des universitaires, qui se consacrent ouvertement Ć remettre en cause lāidĆ©ologie et les politiques sionistes de lāĆtat, a Ć©tĆ© baptisĆ© Ā« post-sioniste Ā», et que les historiens associĆ©s Ć ce courant de pensĆ©e critique ont Ć©tĆ© qualifiĆ©s de Ā« nouveaux historiens Ā».
Sur le plan de la mĆ©thodologie, la dĆ©classification de documents des archives israĆ©liennes[6], qui a permis de rĆ©vĆ©ler au grand jour lāexistence de politiques racistes et dāinterventions douteuses des services secrets dans des pays arabes, a fourni aux historiens lāoccasion dāĆ©tayer leurs thĆØses, surtout dāĆ©tablir la Ā« vĆ©ritĆ© Ā» basĆ©e sur des faits plutĆ“t que sur des mythes.
Ces historiens ont introduit de nouveaux angles dāanalyse et de recherche comme le nettoyage ethnique et lāapartheid, la colonisation militaire, le judĆ©ocentrisme ainsi que le racisme systĆ©mique qui affligent selon eux la sociĆ©tĆ© israĆ©lienne. Sur le plan de lāhistoriographie, ils ont voulu dĆ©boulonner certains mythes dont ceux du Ā« peuple-race Ā» et des exilĆ©s de la terre promise en attente fĆ©brile dāun retour en Eretz IsraĆ«l.
Parmi les Ā« nouveaux historiens Ā» israĆ©liens qui ont beaucoup publiĆ©, le lecteur connaĆ®tra peut-ĆŖtre les noms de Zeev Sternhell, Benny Morris, Ilan Pappe et Shlomo Sand. Toutefois, en dehors du cercle de ces intellectuels, dāautres voix tonitruantes se sont fait entendre comme celle dāUri Avnery dĆ©cĆ©dĆ© Ć Tel-Aviv, le 20 aoĆ»t 2018 Ć lāĆ¢ge de 94 ans; ou encore celles aussi toujours puissantes du sociologue Uri Ram de lāuniversitĆ© Ben-Gourion du Negev et de la spĆ©cialiste du Moyen-Orient, Ella Shohat.
Le professeur Ram, entre autres intĆ©rĆŖts professionnels, a dĆ©crit avec prĆ©cision les nombreuses cĆ©sures de la sociĆ©tĆ© israĆ©lienne qui ne cessent de la gangrener[7]. Quant Ć la professeure Shohat, une IsraĆ©lienne dāorigine irakienne, le milieu universitaire lui doit dāavoir balisĆ© le sentier de la recherche portant sur les juifs orientaux (Mizrahis)[8], ces juifs venus dāailleursā¦
Cāest donc alimentĆ© et inspirĆ© par le mouvement post-sionisme et des Ā« nouveaux historiens Ā» israĆ©liens, que Shlomo Sand a rĆ©digĆ© La mort du Khazar rouge, un roman noir qui met en vedette des intellectuels dissidents, des activistes politiques, un juif dāorigine arabe, tous ces personnages qui se retrouvent victimes des forces de rĆ©pression de lāĆtat incarnĆ©es par lāhomme du Shabak.
[1] Uri Avnery, Ā« Israel at 50 : a pronounced case of split personality Ā», dans Sara R. Powell (dir.), Israelās Vicious Circle. Uri Avnery. Ten Years of Writings on Israel and Palestine, Londres, Pluto Press, 2008, p. 47.
[2]Tamar S. Hermann, The Israeli Peace Movement. A Shattered Dream, New York, Cambridge University Press, 2009.
[3] Ilan Pappe, The Idea of Israel. A History of Power And Knowledge, New York, Verso, 2015, p. 127.
[4] U. Avnery, op. cit., p. 15-16.
[5] Ibid., p. 25.
[6] I. Pappe, op. cit., p. 143.
[7] Uri Ram, Ā« Sociopolitical Cleavages in Israel Ā», The Oxford Handbook of Israeli Politics and Society, publication en ligne, janvier 2019.
[8] Ella Shohat, On the Arab-Jew, Palestine and Other Displacements. Selected Writings, London, Pluto Press, 2017.