Mélancolies progressistes

Lecture de : Mark Fortier, Mélancolies identitaires – Une année à lire Mathieu Bock-Côté, Lux, 2019 (168 p.)


Quand j’ai entendu pour la première fois parler de cet essai de Mark Fortier, je me suis dit qu’il apportait la preuve indubitable de la place que Mathieu Bock-Côté occupait, quoi que se plaisent à en dire ses adversaires, dans le paysage intellectuel québécois. Puis, lorsque j’ai lu la critique très élogieuse qu’en a donné Le Devoir, offrant même à son auteur – fait assez inusité – les honneurs d’une première page, j’ai décidé d’acheter Mélancolies identitaires entre autres parce que cet article affirmait que l’essayiste se gardait « d’imiter le ton bêtement péremptoire qu’adoptent sur les réseaux sociaux certains des critiques les plus farouches de Mathieu Bock-Côté » et que Mark Fortier lui-même y avouait avoir abordé les textes de celui-ci « avec une certaine générosité herméneutique »[1].


Même si le ton pamphlétaire de l’auteur aurait dû me mettre en garde, naïvement, je songeais que le lecteur que je suis aurait enfin droit, au lieu des habituels anathèmes, à un véritable débat d’idées, autour des enjeux de l’heure, entre le penseur conservateur représenté par ses écrits et un intellectuel classé à gauche.



Je ne saurai jamais ce que pense un ver de terre ou un caillou. Il m’est cependant permis d’espérer comprendre MBC, car on peut toujours aspirer à percer l’écorce d’une idée, même celles qui surgissent devant nous comme des phénomènes extraterrestres. La faculté de penser, dont sont dotés tous les êtres humains et en vertu de laquelle chacun a une dignité absolue, fait qu’aucune culture, aucune idée, aucune réalité humaine ne m’est radicalement étrangère. (Mélancolies identitaires, p. 37)



Commençons en disant que j’en fus quitte pour mon argent et pour une confirmation supplémentaire du fait que les progressistes contemporains considèrent leurs adversaires politiques non comme des opposants légitimes, ni par conséquent comme des interlocuteurs, mais comme de véritables ennemis et qu’ils estiment qu’il est préférable de les injurier, de les caricaturer plutôt que de discuter avec eux. Que ce jugement fasse partie des thèses défendues par Mathieu Bock-Côté est singulièrement ironique, puisque, tout au long de son essai, Mark Fortier lui donne raison au moins sur ce point.



Une publicité mensongère


Tout d’abord, il faut dire que le sous-titre de l’essai de Fortier « Une année à lire Mathieu Bock-Côté » a tout de la fausse publicité. À peine la moitié du livre est en effet consacrée aux écrits et aux idées du sociologue québécois, le reste portant sur divers sujets, assez disparates : une rencontre avec le philosophe slovène Slavoj Zizek au Salon du livre de Francfort ; une entrevue avec le professeur de sociologie allemand Lars Clausen ; des souvenirs d’enfance de l’essayiste liés à la figure de son oncle, ancien combattant de 14-18 ; une réflexion autour d’un mot d’enfant de sa fille ; une autre sur les centres commerciaux ; quelques pensées à propos de l’intégration des immigrants à partir d’une partie de hockey ; un portrait de Pierre Vallières centré sur les dernières années de sa vie.


Dans ces circonstances, ces quatre ou cinq chapitres, qui par eux-mêmes ne manquent pas d’intérêt, paraîtront au lecteur circonspect servir de remplissage, les quelque quatre-vingt pages parlant de Mathieu Bock-Côté ne suffisant pas à elles seules à constituer un volume digne de ce nom. Et s’il a mauvais esprit, ce même lecteur devenu soupçonneux se demandera même peut-être si le sous-titre en question n’a pas pour fonction de servir d’accroche publicitaire en jouant sur la complicité active que suscite dans les milieux progressistes une telle condamnation ex cathedra des idées de Mathieu Bock-Côté.


En termes promotionnels cela semble ne pas avoir trop mal réussi à son auteur, qui est aussi éditeur chez Lux ; en témoignent l’article du Devoir susmentionné, une chronique dans La Presse, ainsi qu’une entrevue dans le journal Métro et un compte-rendu dans Les Libraires qui n’est à peu de choses près qu’un copié-collé du quatrième de couverture. Pour honni qu’il soit en ces milieux, le nom de Mathieu Bock-Côté sert en tout cas à vendre de la copie.



Vous avez dit « générosité herméneutique », vraiment ?


Mon autre déception est venue du fait que Mark Fortier, qui prétend pourtant avoir lu tout ce qu’a écrit l’essayiste et l’éditorialiste durant un an afin de mener « une expérience de sociologie extrême », ainsi que l’affirme le quatrième de couverture de son essai, discute à peine les thèses conservatrices défendues par ce dernier. Il ne fait que les effleurer.


Bock-Côté s’oppose au multiculturalisme comme aux excès d’un certain féminisme, ou encore à la théorie du genre, défend la laïcité, etc. Après avoir ironiquement résumé ses prises de position, Fortier se contente de leur opposer une pique, en lui reprochant par exemple (à propos du multiculturalisme) que « l’opposition dramatique de l’identité (l’Un) et des identités (le Multiple) » qu’il met en scène « paraît à maints égards abstraite, voire floue » (p. 21)… mais on ne saura pas vraiment pourquoi. Plus loin, une simple anecdote : qu’il ne se soit pas immédiatement rendu compte que la jeune fille qui leur faisait visiter, lors de portes ouvertes, la future école de son fils portait le hidjab et que «pour ses enfants, ces détails n’ont aucune importance » suffit apparemment à congédier toute la question de la laïcité (p. 52). Pour le moins, on se serait attendu à ce qu’il nous explique sa propre vision du multiculturalisme, ou les raisons pour lesquelles il s’oppose (apparemment) à la laïcité ; mais il s’en garde bien. À d’autres moments, sa critique est encore plus évasive et tient tout entière dans les conditionnels dont il fait usage quand il résume les thèses de son opposant (p. 29) ; on conviendra que c’est là encore un peu court, sans compter que c’est bien peu convaincant, à moins, bien sûr, que cet essai ne s’adresse avant tout à des convaincus qui se contenteront de ce regard distancié, partial et ironique posé sur les thèses de celui qui n’est convoqué ici que pour être moqué.


Un exemple typique de la façon dont se manifeste cette rhétorique un peu facile du refus de la confrontation des idées, ou de l’évitement du débat, se présente lorsqu’il est question de la situation du français au Québec. L’espace d’un instant, on a l’impression que l’auteur va enfin entrer en dialogue avec l’objet de son étude. Il lui concède même par deux fois qu’il n’a pas tort dans ce qu’il affirme.



« Le français doit être bien davantage qu’un moyen de communication ! » rugit MBC. Il n’a pas tort. Cette nuance est importante. Bien plus que le droit d’avoir des caissiers qui disent « Bonjour » sans ajouter « Hi » du même souffle ou des appels automatisés avec des voix francophones, c’est une culture commune qu’il faut défendre au Québec. Sur ce point, je suis d’accord avec MBC, mais pourquoi diable ai-je toujours le sentiment qu’à ses yeux, cette culture ne peut être partagée que par ceux qui, enfants, ont bu le même lait et respiré la même fumée que lui ? (Mélancolies identitaires, p. 40-41)



Mais ces concessions apparentes sont aussitôt annulées par une question rhétorique finale, où Fortier révèle bien plus ses propres préjugés, ceux-ci l’empêchant justement d’interpréter correctement les propos de son vis-à-vis. En effet, qui connaît un peu Mathieu Bock-Côté et l’a fréquenté en personne ou à travers ses livres sait qu’il ne défend pas une conception exclusivement ethnique – et encore moins raciale – de la nation. Autrement dit, Fortier se trompe, et se trompe parce qu’il s’est mis à lire Mathieu Bock-Côté avec une idée préconçue et c’est cette idée qu’il nous assène dans son essai plutôt que les idées qui sont celles de ce dernier. En bon français, cela s’appelle faire preuve de mauvaise foi.


Cette mauvaise foi interprétative est chez lui omniprésente, au point que, non content de croire Bock-Côté responsable des idées qu’il lui prête, il le tient également comptable de ce qu’il ne dit pas, de ses silences : « Il y a chez MBC, écrit-il par exemple, des silences qui en disent plus long que toutes ses vociférations. Des craintes qui ne sont en réalité qu’une façon de se complaire dans son ignorance. Un refus de comprendre. » (p. 42). On pourrait aisément lui renvoyer le compliment.


Quand il ne surinterprète pas ainsi jusqu’à ses silences, Fortier se contente d’affirmer péremptoirement que l’intellectuel qu’il a pris pour cible « parle généralement pour ne rien dire » (p. 34) ou tient des propos qui ne sont rien d’autre que « nébuleux » (p. 110), ce qui le dispense bien évidemment d’avoir à citer les propos en question, étudier ces idées inexistantes, etc., tout comme cela lui évite de polémiquer[2] avec Bock-Côté et de devoir par conséquent présenter ses propres opinions, qui demeurent tout au long de cet essai remarquablement floues. Il qualifie ensuite son discours de « logorrhée » (p. 34, et à nouveau p. 64), puis lui reproche de « toujours » se contredire en affirmant une « chose », puis l’ « autre », et « finalement, son contraire » (p. 48), avant d’asséner enfin un coup qu’il croit sans doute fatal en mettant en question le caractère légitime pour l’intellectuel québécois de « s’autoriser », malgré son doctorat, « du titre de sociologue », comme s’il avait trouvé ce diplôme dans une pochette surprise et ne le méritait pas.


Bref, Fortier ne fait pas preuve, contrairement à ce qu’il ose prétendre, de la moindre « générosité herméneutique » à l’égard de Bock-Côté. Bien au contraire. À aucun moment, il n’arrive à se déprendre d’une lecture manichéenne et partisane, à respecter un adversaire avec lequel il aurait pu débattre, à faire preuve même à son égard d’un minimum de probité intellectuelle, ce qui – il faut bien l’avouer – ôte à son essai une grande partie de son intérêt potentiel.



Biais idéologique et mauvaise foi


Ce caractère idéologique et fortement biaisé de son livre vient en effet miner la crédibilité d’un discours qui, en plus, se retourne aisément comme un gant. Ainsi, à quoi rime-t-il en effet de suggérer que l’auteur que l’on attaque ne mérite pas le « titre de sociologue » quand on s’autorise du même « titre » dans sa propre notice biographique, qui s’ouvre sur ces mots : « Mark Fortier est sociologue »[3] ?


Comment, de la même manière, Fortier peut-il tenir rigueur à Bock-Côté de pratiquer « une sociologie sans société » (p. 23), dès lors qu’il pense lui-même la réalité sociale à partir de clichés et de stéréotypes, ainsi que le révèle crûment la leçon qu’il tire sur « l’état du monde » après sa visite à la Foire du livre de Francfort et ses rencontres avec divers auteurs et éditeurs venus du monde entier : « les Brésiliens craignent le retour du fascisme chez eux, les Anglais désespèrent du Brexit qui amènera le pays au bord de la ruine économique, disent-ils, […] les Italiens sont au désespoir de voir la droite radicale au pouvoir à Rome, les Allemands s’étonnent du retour en force du racisme militant sur leurs terres, les Français ne doutent pas qu’ils goûteront sous peu à une nuance locale de cette vague politique brunâtre et les Américains ne s’expliquent toujours pas Trump » (p. 57) ? Les « Brésiliens », les « Anglais », les « Allemands », les « Français » et les « Américains », vraiment ? Cela n’inclut apparemment pas les Brésiliens qui ont élu Bolsonaro, ni les Anglais qui ont voté en faveur du Brexit, pas plus que les électeurs assez nombreux, en France, du Rassemblement National ni ceux de Trump aux États-Unis. Depuis quand un sociologue confond-il de cette manière des peuples entiers avec une poignée d’éditeurs et d’auteurs de livres tout en se gaussant par ailleurs de l’idée qu’il puisse y avoir un « divorce entre l’élite médiatique [ou culturelle] politiquement correcte et le commun des mortels » (p. 27) ? Comment un tel intellectuel fait-il pour reléguer dans l’inexistence des millions de ses contemporains dès lors qu’ils osent manifester, par la voie des urnes, leur désaccord avec lui, tout en reprochant hypocritement à Bock-Côté – n’est-ce pas le comble ? – de ne « pas dire un mot du pays réel » (p. 164)? Un tel aveuglement serait presque humoristique s’il n’offrait un témoignage de plus de ce « divorce » flagrant entre la majorité de la population, et particulièrement les catégories sociales les plus démunies, et une élite politique, médiatique, culturelle et même économique, qui se pense progressiste, et croit de ce fait avoir le monopole de la compréhension juste du monde, alors que ce « progrès » qu’elle préconise se fait en règle générale sur le dos de populations qui regimbent !


Ne prend-on pas également en défaut la bonne foi comme la perspicacité d’un auteur qui qualifie de « nébuleux » (ou de « logorrhée ») les propos de son adversaire, mais qui est pour sa part capable d’écrire ce genre de phrases, dont le moins que l’on puisse dire est que leur nébulosité l’emporte très certainement sur le style plutôt classique de celles de Bock-Côté : « Dans les années 1960, les Canadiens français ont abandonné l’idée que leur foi puisse être la gardienne de leur langue ; ils ont déposé aux pieds du corps politique de la société leurs loyautés, leurs fidélités, leurs solidarités, leurs paroles et leurs habitudes, tout ce en quoi ils se reconnaissaient. » (p. 48-49) ; ou bien : « Avec la Révolution tranquille, le Canada français a offert son corps en échange d’un surcroît d’être. » (p. 49) ? Je ne suis certainement pas le seul à trouver ce genre d’assertions passablement confuses et à considérer qu’une image ne vaut pas une analyse sociologique ou historique, même rapide. Soyons cependant indulgent. Car, à ce chapitre de la clarté, existe-t-il des écrivains ou des intellectuels irréprochables ? Parmi la gente littéraire, qui peut se targuer de ce que sa pensée ne s’est jamais laissée entraînée par les mots, par une phrase, le rythme d’une période, etc.? Comme dit l’Évangile, que celui qui n’a jamais péché…


Dans le même ordre d’idées, Fortier suggère que le chroniqueur du Journal de Montréal ne s’exprime le plus souvent qu’en abusant de « sentences et [de] slogans qui hébètent l’intelligence « (p. 110) et il fait même appel à ces penseurs, tels qu’Orwell, Klemperer ou Arendt, qui se sont inquiétés de cet usage pervers parce qu’idéologique des mots. Mais là encore, lui-même est loin d’être irréprochable sur ce point. Lorsqu’il écrit qu’on « ne pourra éternellement tourner les mots du monde contre le monde » (p. 65), ou quand il évoque une « école publique » largement mythique, qui ne tiendrait debout que « grâce à la vocation de ses enseignants et à l’enthousiasme de ses étudiants » (p. 51), ne cède-t-il pas justement à cet « empire du verbiage » et à cette omniprésence du slogan publicitaire (p. 66-67) qu’il prétend par ailleurs dénoncer chez son adversaire ? Bref, tout au long de son essai, il confirme par son attitude la vérité de cet adage qui veut qu’il soit plus aisé de prétendre voir une paille dans l’œil de son voisin que de percevoir la poutre qui est dans le sien.


Ce biais systématique est encore perceptible lorsqu’il blâme Bock-Côté d’affirmer sans arrêt une chose et son contraire, en alléguant par exemple être pour l’écologie, « mais contre les écologistes », pour « l’égalité entre les hommes et les femmes, mais contre les féministes qui culpabilisent le désir des hommes » (p. 48). Rappelons d’abord que bien des gens partagent sans doute ces jugements contrastés à propos de l’écologisme comme du féminisme contemporains – y compris toutes ces femmes qui refusent désormais de se dire elles-mêmes « féministes», parce qu’elles n’endossent pas les dernières lubies nées dans les départements d’études féministes des universités nord-américaines. Heureusement, tout jugement n’a pas besoin d’être manichéen, ni toute prise de position ou toute noire ou toute blanche. Il y a bien des zones grises et l’on peut, sans que cela soit scandaleux, être convaincu de l’égalité fondamentale entre les femmes et les hommes (c’est mon cas) et refuser (ce l’est aussi) l’écriture dite « inclusive » parce qu’elle est, d’un point de vue linguistique, tout simplement absurde (entre autres car elle ne tient pas compte du concept saussurien d’« arbitraire du signe » et ramène la réflexion sur les langues aux considérations préscientifiques sur l’homologie entre mots et réalités[4]). On pourrait ainsi multiplier les exemples de ces nuances sans lesquelles il n’y aurait plus vraiment de pensée mais seulement un ronron idéologique qui serait l’expression du plus plat des conformismes.


Fort heureusement pour lui, Fortier pratique d’ailleurs lui aussi cet art de la nuance et ne se contente pas du rôle peu gratifiant de caisse de résonnance pour idées progressistes à la mode. À plusieurs reprises, il fait preuve d’un scepticisme qui semble de bon aloi, en admettant par exemple que « le progrès peut revêtir plusieurs significations » et qu’ « à partir de 1914, on commençait à douter qu’il signifiât que l’humanité marchait irrémédiablement à la rencontre d’elle-même » (p. 94). Il semble donc capable de penser, de faire la part des choses, de sortir d’une lecture de la réalité qui se cantonnerait au noir et blanc.


Cet esprit de compromis disparaît toutefois sous sa plume à chaque fois qu’il est question de Mathieu Bock-Côté. Les seules initiales de son nom lui font apparemment « voir rouge » et cette sainte colère amène l’essayiste à céder à cette tendance malheureusement trop actuelle qui tend à remplacer les débats d’idées par des échanges ritualisés d’insultes.



Un discours haineux


Malgré qu’il s’en défend, et qu’il assurait même les lecteurs du Métro qu’il n’avait « pas écrit ce livre avec de la haine au cœur »[5], son texte suinte effectivement le mépris et la malveillance la moins retenue.


À chacune des pages où il est question de Mathieu Bock-Côté, Fortier l’accable de toute une série de qualificatifs dédaigneux autant qu’imagés ; il ne serait ainsi qu’une « pieuvre médiatique » (p. 11), un « agitateur » (p. 13), un « plumitif » (p. 158), un « spectre » (p. 25), un « bourdon rhéteur d’Amérique » (p. 111), ou encore un « Schtroumpf à lunettes » (p. 32), etc. Ce faisant, Fortier baigne et se complaît dans cette culture de l’insulte revivifiée par les réseaux sociaux où le sarcasme et les noms d’oiseaux remplacent l’échange civilisé d’arguments. On conviendra avec lui qu’il est assez révélateur de « ce que nous sommes en train de devenir » (p. 13) qu’un personnage dont la notice biographique nous informe qu’il a pratiqué « le métier de journaliste », « puis enseigné à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’Université Laval » avant de devenir « éditeur chez Lux » (quatrième de couverture), se laisse ainsi aller à l’invective plutôt que de s’adonner à la contre-argumentation et à la discussion raisonnée.


L’expression de ce mépris devient toutefois franchement comique, et se retourne de ce fait contre lui, quand Fortier utilise à répétition l’adjectif « jeune » pour parler de Bock-Côté qu’il dépeint tour à tour comme un « jeune homme » (p. 26), un « jeune Cassandre » (p. 16), un « jeune mélancolique « (p. 46), « jeune fan de De Gaulle » (p. 150), etc. Mathieu Bock-Côté étant né en 1980, je laisserai le lecteur apprécier la pertinence de cette épithète, nonobstant la précocité de cet auteur qui publia à l’âge de 27 ans un premier essai politique remarqué. Il est clair cependant que ce n’est pas pour souligner celle-ci que Mark Fortier abuse de ce qualificatif, mais pour rabaisser son rival, tout en se faisant valoir lui-même par l’adoption de cette posture avantageuse du « vieux sage ». Or, je ne sais pas quel âge a Mark Fortier, mais, d’après la photo sur laquelle j’ai pu mettre la main, il ne paraît pas être bien vieux, ce qui rend un peu aventureuses et l’épithète dont il abuse et la posture qu’elle sous-entend. Sans compter que cette stigmatisation de la jeunesse supposée de Bock-Côté s’accorde mal avec les idées progressistes qu’il prétend défendre. Dans le camp qui est le sien, n’a-t-on pas plutôt l’habitude d’encenser une jeunesse fortement idéalisée ?


Ce mépris omniprésent autour duquel est bâti son essai le pousse enfin, sans que ce soit vraiment surprenant, à atteindre le point Godwin lorsqu’il parle ironiquement de « national-bockcôtisme » (p. 53) ou bien à comparer sournoisement la lecture journalière des chroniques de Mathieu Bock-Côté au régime à base de McDo que s’était imposé le documentariste Morgan Spurlock dans Supersize me (p. 13). Bien qu’en matière de petitesse, ce ne soit pas lui qui emporte la palme, mais le graphiste des éditions Lux, qui illustre subtilement la couverture du livre d’une tête affublée d’un masque à gaz. On ne discute évidemment pas avec quelqu’un dont les idées sont nauséabondes ; on les enterre… sous un tombereau de fumier ! On peut se demander après ça qui est intolérant.



Un étrange aveuglement


Ces insultes font qu’on ressort de la lecture de Mélancolies identitaires avec dans la bouche un goût doux-amer. D’un côté, on éprouve la satisfaction d’avoir eu raison lorsqu’une première intuition nous recommandait de passer notre chemin et de ne surtout pas acheter ce livre. La malhonnêteté « herméneutique » dont l’essayiste fait abondamment preuve confirme ce mouvement prémonitoire. Mais, d’un autre côté, l’essai de Mark Fortier paraît pourtant éclairant pour qui s’intéresse aux idées qui ont cours actuellement en ce qu’il révèle chez cet auteur un étrange aveuglement, qui va bien au-delà de l’objet de son livre comme de la seule partisanerie. Je m’y attarderai quelques instants, car cette cécité intellectuelle m’apparaît comme une caractéristique très actuelle de bien des gens qui se définissent comme progressistes, voire une composante essentielle de l’idéologie progressiste comme idéologie dominante.


Parmi les traits qui permettent de définir une telle cécité, il y a d’abord l’adoption d’une posture héroïco-morale qui me semble être en porte-à-faux avec la réalité. Être progressiste aujourd’hui, c’est ainsi croire, ou faire semblant de croire que l’on lutte contre toutes les inégalités qui sont voulues par les riches et les puissants, que l’on est l’héritier des militants anarchistes, communistes, socialistes, voire révolutionnaires d’antan, que, comme eux, on combat l’injustice. Fortier écrit ainsi : « C’est un fait remarquable de l’époque, observable du Brésil à la Russie, de l’Amérique à l’Europe, que les grandes fortunes investissent massivement dans la diffusion militante de la colère, de l’opinion et du populisme. » (p. 59) Or, rien n’est plus faux que ce « fait » ! Bien sûr, il a beau jeu d’évoquer Péladeau et son groupe Québecor, qui diffuse effectivement nombre de chroniqueurs de droite, dont Bock-Côté, que Fortier tient sans doute pour populistes. Mais c’est plutôt l’exception qui confirme la règle. Dans l’ensemble – et même s’il faudrait apporter à cette affirmation toutes sortes de nuances –, les « grandes fortunes » actuelles, du moins au Canada comme en Europe occidentale, et partiellement aux États-Unis, sont plutôt derrière ces dirigeants ou leaders politiques (Trudeau, Macron, Clinton, etc.) qui se targuent d’être progressistes ; de même que les grandes entreprises de presse, telles que La Presse, Le Monde ou le New York Times, qui ne sont pas que je sache des coopératives populaires, passent leur temps dans les colonnes des journaux qu’elles contrôlent à stigmatiser ledit populisme ! Cette posture héroïco-morale progressiste qui prétend s’opposer aux riches et aux puissants a alors tout d’un aveuglement ; elle s’appuie sur une mythologie politico-historique (qui remonte aux luttes ouvrières des deux siècles précédents) qui distord la réalité sociale d’aujourd’hui et empêche qu’on en fasse une lecture un brin plus lucide et un peu plus véridique, en se demandant, par exemple, pourquoi les classes populaires votent massivement pour ces partis dits populistes.


Cette mythologie atteint le summum de son inefficience quand elle prétend lire la réalité contemporaine à la lumière des années 1930 ! Cette identification du présent à ce passé « qui ne passe pas » permet à des résistants imaginaires de se prendre pour de « grands ancêtres » qui ont payé de leur vie ou de l’exil leur engagement antifasciste. Mais n’est pas Jean Moulin (ou Hannah Arendt, ou Victor Klemperer) qui veut !



Les Américains sentent que leur langage public leur bloque désormais l’accès à la réalité, et ils ont compris que c’est une situation qui ressemble à celle des sociétés totalitaires. Hitler, avec ses bruits de bottes, son archaïsme pseudo-médiéval, ne cogne pas à nos portes, pas plus que Staline, mais le monde contemporain n’est pas à l’abri des dérèglements spirituels qui ont affecté l’humanité au siècle dernier. Rien n’indique, de plus, que les conséquences d’un tel dérèglement ne seront pas tout aussi terrifiantes que les années 1930. Il n’est donc pas sot de se tourner vers Arendt pour comprendre. Dans la même veine, je lis LTI, la langue du IIIe Reich, du philosophe [sic] Victor Klemperer, une étude minutieuse de la langue et de la culture l’Allemagne hitlérienne. (Mélancolies identitaires, p. 65-66) [6]



Mais cette lecture du présent par le passé constitue surtout un moyen commode de ne pas trop s’interroger sur le premier et, de plus, de préserver une bonne conscience à toute épreuve. Tout n’est-il pas permis à qui combat le racisme, le fascisme et le nazisme ? Comme d’entarter Mathieu Bock-Côté (p. 34), ou de « menacer de cribler de tomates la vitrine d’un libraire qui devait [l’]accueillir pour une discussion » (p. 80), évidemment en toute conscience et sans le moindre regret de faire ainsi entorse à la liberté d’expression et aux règles qui devraient prévaloir dans une démocratie. Fortier a l’air de considérer ces sortes de lynchages symboliques et de censures privées comme des fautes bien bénignes. Il ne serait pourtant pas sot d’y voir – en y ajoutant les insultes dont on abreuve tout adversaire politique – le début d’un processus de dé-civilisation qui n’est certainement pas aujourd’hui l’apanage de la seule extrême-droite. L’histoire ne se répète pas, et le meilleur moyen de ne rien comprendre à ce qui se passe en ce moment ainsi qu’aux périls qui menacent la démocratie, c’est certainement de tenter à tout prix de lire le présent à la lumière d’un temps qui ne connaissait guère les firmes multinationales et leur emprise croissante sur l’économie, pas plus que l’internet, les réseaux sociaux, le big data, etc.


Découle de cette lecture manichéenne de l’histoire, un deuxième trait qui nourrit le progressisme actuel et son aveuglement et qui pourrait être défini comme un attachement viscéral au camp du Bien qui empêche de prendre au sérieux les critiques qui lui sont adressées. Un tel esprit partisan apparaît de manière particulièrement frappante dans l’essai de Fortier, car ce dernier n’est pas dénué de lucidité et perçoit clairement par où l’idéologie progressiste peut être prise en défaut. Il évoque ainsi « une gauche en crise de psittacisme » (p. 64) ou se gausse de ces intellectuels américains qui se consolent de l’élection de Trump en promouvant des « politiques identitaires » pour lesquelles l’essayiste ne semble pas avoir beaucoup d’intérêt.


Surtout, lecteur d’Orwell et d’Arendt, il n’hésite pas à condamner « [l]’acheteur insatiable que fabrique la société de consommation, tout comme l’utopiste qui croit que la formidable plasticité de la nature humaine lui donne le droit de changer la vie » tout en se berçant « de l’illusion d’une infinie malléabilité du réel » qui est à « la source des horreurs du stalinisme ». Mais c’est aussitôt pour renvoyer dos à dos cet utopisme potentiellement totalitaire et « la méfiance des conservateurs envers l’optimisme des Modernes » qui serait « aussi grosse de périls » et aurait débouché dans le passé sur le nazisme (p. 77-78). Autrement dit, il présente un cas intéressant de ce qu’on pourrait appeler une lucidité contrainte : il voit bien les perversions d’un progressisme contemporain, ainsi que ses accointances avec le formidable développement du capitalisme, qui, transformant tout (l’éducation, la culture, la santé, etc.) en marchandise, est en train de remettre en question jusqu’aux fondements les plus intimes de l’être humain (son identité, sa vie privée, etc., sans compter qu’il transforme celui-ci en livre ouvert dont le plus petit contenu informatif devient désormais l’objet de ce « doux commerce »), mais au lieu d’aller au bout de cette critique ou même simplement d’en tenir compte dans l’ensemble de son argumentation, il ne l’évoque que subrepticement pour la cacher ensuite sous le tapis et revenir à sa marotte : dénoncer le conservatisme de Bock-Côté (qui cible pourtant lui aussi plusieurs de ces travers du monde contemporain et dont les propos – qu’il rapporte à la p. 147 – sont étrangement semblables aux siens : « Je suis moderne avec un point d’interrogation », dira, par exemple, ce dernier ).


Pourquoi agit-il ainsi ? Et pourquoi ne s’en rend-il pas compte ? Je me permettrai d’émettre à cet égard une hypothèse : peut-être s’agit-il pour Fortier de préserver à tout prix cette idée de progrès et le projet d’un « grand soir » dont il ne peut apparemment se départir sans frôler le désastre moral et intellectuel qui consisterait à se découvrir… conservateur. Cet attachement instinctif (mais peut-être aussi conformiste et dictée par l’intérêt) au paradigme progressiste le contraint à maintenir ses critiques dans une certaine limite et les conséquences qui devraient en découler dans un angle mort de son esprit. Il perçoit ainsi non sans lucidité qu’aucune société « ne peut durer si elle repose sur les seuls calculs froids du commerce et de l’intérêt » qui « institue[nt] l’autre en étranger ou en concurrent » (p. 38-39), mais il se refuse dans le même temps à voir que le multiculturalisme et cet imaginaire social qui l’accompagne, qui ne voit dans la société qu’un assemblage de « communautés », de « minorités », de « groupes », dont les seuls liants seraient le marché et des règles juridiques purement formelles, poursuit en réalité le même but que l’on pourrait résumer par l’adage bien connu : diviser pour régner. De la même façon, il déplore cette « perte du monde » que manifeste « l’esprit du centre commercial » (p. 120), mais ne semble pas en mesure d’appréhender le fait qu’il ne suffit pas d’une partie de hockey improvisée pour répondre à une « crise de l’identité » (p. 123), encore moins pour engendrer un monde commun.


Cette position de l’auteur, qui est en quelque sorte assis entre deux chaises, c’est-à-dire coincé entre un prétendu progrès, auquel il voudrait croire, mais qui, au fond, lui déplait et un conservatisme qui mettrait un frein à ce désastre annoncé, mais qui le forcerait du même coup à rompre avec une routine intellectuelle ancrée dans ses idéaux de jeunesse ainsi que dans une vision manichéenne du monde contemporain, explique, je crois, les tergiversations et les non-dits dont son texte est parsemé. Tout comme cela justifie aussi son rejet de tout débat avec Bock-Côté. En fait, tout dans son attitude témoigne de ce véritable « refus de comprendre » (p. 42) qu’il reprochait à ce dernier au début de son essai.



Le monde à l’envers


Faute de penser ce progrès douteux qui s’annonce, Fortier comme bien des progressistes contemporains se raccroche à une espèce de confiance terriblement naïve en l’avenir. Celle-ci se traduit entre autres dans un culte de la jeunesse[7], qui n’est souvent que le revers d’un refus de s’engager soi-même dans la lutte pour un meilleur futur (ce qui est éminemment paradoxal pour des gens qui se prétendent progressistes !). À titre d’exemple, j’ai cité tout à l’heure ce passage où Fortier congédie toute la question de la laïcité sur la simple mention que, pour ses enfants, « [c]es détails [que sont les voiles, tatouages et autres piercings] n’ont aucune importance », car ils « appartiennent tous à la catégorie générale de l’apparence ». Concluant : « C’est ainsi qu’on vit dans les écoles de Montréal ». Il semble donc qu’à ses yeux, si les « enfants » ne voient aucun problème au port de signes religieux, c’est qu’il n’y en a pas. Toute cette histoire n’est donc qu’un délire de vieux mononcles intolérants ! Quand ces empêcheurs de tourner en rond seront enfin passés de vie à trépas, on n’en parlera plus. Que les enfants en général ne soient pas assez mûrs intellectuellement pour penser des concepts tels que la laïcité ou la neutralité de l’État, qu’ils soient en partie endoctrinés par un cours d’ECR qui fait inlassablement la promotion des religions et de leurs aspects les plus rétrogrades, que des jeunes filles mineures soient contraintes d’adopter les codes vestimentaires de l’intégrisme religieux, tout ça ne semble pas lui traverser l’esprit. Il préfère s’en remettre à l’air du temps : c’est comme ça, c’est ainsi… Nouveau paradoxe pour quelqu’un qui se croit probablement contestataire.



La question de l’intégration des immigrants à la société n’est pas simple, et il serait candide de penser qu’elle n’impliquera jamais de frictions. […] Il est permis toutefois d’espérer que pendant que certains gagnent leur vie à semer la panique en haut lieu, les jeunes, eux, sont à résoudre au ras des pâquerettes cette question de l’accueil. (Mélancolies identitaires, p. 126)



Ce refus de penser la complexité du monde, ce repli sur une espérance « candide » qui caractérisent les dérobades auxquelles se livrent Fortier dès lors qu’il est question dans son essai des enjeux de l’actualité québécoise (la laïcité, l’immigration, la survie du français, etc.) le distinguent en effet de sa tête de turc préférée qui s’obstine pour sa part à « penser contre » (p. 125). Je ne peux manquer de relever à ce propos un ultime paradoxe : n’assiste-t-on pas ici à un nouveau et intriguant retournement, qui amène le penseur conservateur à critiquer la société et l’ordre des choses, tandis que l’essayiste progressiste s’en satisfait et s’en remet plus ou moins passivement aux générations qui suivent et à des tendances ou à des phénomènes anonymes pour déterminer le futur ? C’est le monde à l’envers. En mutant en progressisme, une partie de l’ex-gauche est devenue conformiste. Elle adhère désormais – probablement sans se l’avouer ouvertement – au credo providentiel libéral de la « main invisible » et à son pendant religieux, l’adage leibnizien « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Elle fait parfois mine de le critiquer du bout des lèvres, mais ne jure plus que par une « inclusion » qui, par la force des choses, implique que l’on « inclue » les soi-disant exclus dans le monde tel qu’il est.


Après ça, on peut juger en refermant son livre que c’est peut-être Fortier qui est atteint de mélancolie, cette passion triste, dépression qui est parfois associée, nous apprend Le Petit Larousse, « à des manifestations préséniles »[8]. Cela expliquerait qu’il abandonne aux générations futures le soin de résoudre les problèmes d’aujourd’hui comme ceux de demain, tout en permettant de comprendre aussi pourquoi il s’obstine dans le même temps à stigmatiser la jeunesse supposée de son adversaire Bock-Côté. Contrairement à lui, ce dernier prend en revanche ces problèmes à bras le corps et sait faire preuve – c’est une qualité qu’on ne peut à mon avis lui enlever – de cette « bravoure » qui « présuppose des individus qui possèdent la force d’agir sur le cours des choses » (p. 101).



Conclusion


La question reste ouverte à savoir si je suis un écrivain éclairé dans une période obscure ou un dilettante qui s’amuse aux dépens d’un honnête plumitif. (Mélancolies identitaires, p. 158)



À cette question qu’il lance lui-même, non sans forfanterie, à son lecteur, je me permettrai de répondre, puisqu’on m’y invite, que, s’il est peut-être un « écrivain éclairé », le faisceau de la lampe de poche qui lui sert de lumière est exclusivement tourné vers le passé et éclaire par conséquent un monde évanoui peuplé des ombres de Hitler et de Mussolini. Cet éclairage par en arrière ne lui permet pas de percer les secrets de la « période obscure » dans laquelle il vit. Son dilettantisme non plus. Plutôt qu’une série d’anecdotes, on aurait aimé qu’il donne au moins un aperçu des idées qui sont les siennes sur tous ces thèmes qu’il aborde à la va-vite pour se moquer de ce qu’en dit Mathieu Bock-Côté. Qu’il précise les points de désaccords entre lui et ce dernier. Bref, qu’il ose le dialogue. Un tel dialogue pourrait d’ailleurs être fructueux et lui permettrait peut-être de réaliser qu’il partage avec lui plus d’idées qu’il ne le pense, ou, à défaut, de clarifier et d'approfondir ses propres positions, tout en faisant éventuellement évoluer celles du lecteur.


Mais il n’y aura jamais de débats possibles, débats pourtant essentiels dans une démocratie, si nous ne retrouvons pas dans nos échanges un minimum de décence et de civilité. C’est pourquoi, pour ma part, j’espère ne pas avoir fait preuve, dans ce compte-rendu, de trop de mauvaise foi ni d’agressivité, autrement dit de n’y avoir pas dépassé les bornes de ce qu’autorise le désaccord intellectuel et parfois aussi l’ironie.























[1] www.ledevoir.com/lire/566311/mark-fortier-face-a-l-ouragan-mathieu-bock-cote


[2] Significativement, quand un journaliste du journal Métro, lui demande s’il serait intéressé à débattre avec Mathieu Bock-Côté, sa réponse a tout d’un faux-fuyant : il décline l’invitation sous-entendue en affirmant qu’il doit d’abord « avoir l’occasion de parler de [son] livre. » https://journalmetro.com/culture/2398585/mark-fortier-plongee-dans-les-idees-de-bock-cote/


[3] À moins que lui, Mark Fortier, ait reçu une onction particulière qui rend son « titre » légitime.


[4] Pour une réflexion plus approfondie sur ces questions, je vous suggère la lecture de l’excellente synthèse que la linguiste Sophie Piron a récemment fait paraître dans la revue Argument (« Considérations linguistiques à propos du genre », Argument, vol. 22, n° 1, automne-hiver 2019-2020).


[5] Article déjà cité.


[6] Sur ce diagnostic d’un « langage public » qui « bloque », comme dit Fortier, « l’accès à la réalité », je suis parfaitement d’accord avec lui, tout comme sur l’importance de relire Orwell, Arendt et Klemperer (qui n’était pas philosophe, ainsi qu’il l’écrit, mais philologue, spécialiste de la littérature française). Je me permets de mentionner que j’ai même consacré récemment un livre à cette novlangue contemporaine : Ces mots qui pensent à notre place (Liber, 2017). Mais il faudrait là encore une bonne dose d’aveuglement volontaire pour ne pas voir que ce langage perverti est en grande partie le produit d’un progressisme diversitaire qui détourne les mots de leur véritable sens (confondant laïcité et racisme, droit à la sécurité et censure, migrants économiques et réfugiés politiques, colonialisme et gestion de l’immigration, etc.) et qui invente chaque jour des néologismes (« appropriation culturelle », « laïcité ouverte », « culture du viol », « racisme systémique », « fragilité blanche » – et j’en passe) qui engendrent de pseudo-débats abscons et viennent, pour le compte, brouiller effectivement notre rapport collectif à la réalité.


[7] Culte qui entre évidemment en contradiction avec tous les reproches dont il abreuve le « jeune » Mathieu Bock-Côté.


[8] Le Petit Larousse illustré, édition 2005, « Mélancolie », p. 678.